Patrice Thibout

 

Horizons intérieurs

 

J’ai rencontré Patrice Thibout bien après avoir découvert le caractère de son travail, un travail qui, je l’avoue, m’a parfois beaucoup intrigué. Peintre, laquiste et sculpteur, Patrice Thibout emploie des matériaux si fortement inscrits dans notre temps - altuglas, béton, laiton, mousse de polyuréthane – qu’ils correspondent, habituellement, aux images de l’industrie, mais à l’exemple d’un visionnaire, il s’en sert pour créer des mondes où rien ne semble avoir marché, sinon en imagination.

Ces mondes qui s’enracinent dans une enfance jalonnée de rêves futuristes propulsent le spectateur vers un horizon idéal où science et poésie ne sont plus ennemies. Jamais elles ne le furent chez les plus grands esprits en qui l’intelligence fait alliance avec le sensible.

Célébrant la tension, le mouvement, l’essor et les états de la matière les œuvres de Patrice Thibout sont une sorte d’écriture épurée des contraintes formalistes, une écriture qui puise aux sources même du symbolisme pour retrouver l’image augurale de la vie et sa souveraine plénitude.

Limitée à quelques couleurs –noir, blanc, rouge et gris – les sculptures récentes de Thibout (Totems et Samouraïs) s’inscrivent dans l’espace comme une architecture, tissant sous la lumière des rythmes insolites qui maintiennent l’esprit en éveil. Jouant sur l’enveloppement, la courbe et l’enchevêtrement, ces éléments énigmatiques nous plongent aux confins de la vie, là où tout est relié par un jeu d’échanges incessants. Comme tout est relié dans l’univers de l’homme.

« L’art m’a-t-il dit un jour, est une sorte de véhicule qui permet d’accéder à des mondes lointains. Il permet, avant tout, la réalisation de l’homme, notamment sur le plan spirituel ». Nous ne pouvons évidemment que souscrire à ce point de vue. « Seule la pensée occupe peut-être dans l’infini un espace que les comparaisons ne réduisent pas à rien », à écrit Maurice Maeterlinck. Et l’art ne vaut, finalement, qu’au service de la pensée ou d’une quête d’ordre spirituel.

Luis Porquet.